• A la recherche du Dakota -1

    Quand notre petite histoire de randonnée est confrontée à la vraie Histoire.

     

    Si nous voulions donner une connotation "légère" à une histoire qui ne l'est pas nous pourrions intituler ainsi notre rubrique d'aujourd'hui:

    "Desperately Seeking for Dakota" (Recherche Dakota désespérément): version revisitée du film avec Rosanna Arquette et Madonna

    Ou alors"Je suis dans un état proche du Dakota": version revisitée d'une chanson d'Isabelle Adjani.

     

    L'Histoire:

    Il était une fois, un froid soir d'hiver en Provence. Les fêtes de fin d'année se sont déroulées dans l'euphorie générale puisque la terrible guerre est enfin terminée. Nous sommes très exactement le 15 janvier 1946. Chose assez rare chez nous, le temps est absolument exécrable et la neige, qui tombe sans discontinuer, recouvre de son manteau blanc toute la Provence. La nuit s'annonce calme, les rares bruits sont amortis et un doux silence s’est installé alors que les flocons tourbillonnent. 

    C'est malheureusement dans ces conditions météorologiques épouvantables qu'un avion s'apprête à survoler le massif de Marseilleveyre.

    Mais quel est cet avion ? d'où vient-il ? où va-t-il ? que transporte-t-il ? et finalement que s'est-il passé ?

    L'avion est un Dakota C-47B (matricule KN9557) de la Royal Air Force. Il s'agit d'un magnifique bimoteur de transport militaire, construit sur le sol américain, très évolué pour l'époque d'avant guerre et d'une fiabilité qui ne peut pas être remise en question.

    A la recherche du Dakota -1
    Dakota C-47

    A la recherche du Dakota -1
    Dakota DC-3

    L'avion est parti de Singapour, a fait escale au Sri Lanka, au Liban, en Sicile, et se dirige maintenant vers Istres avant de, normalement, repartir sur Londres.

    A la recherche du Dakota -1
    Trajet suivi par le Dakota

    Que transporte-t-il ?

    A son bord se trouvent des soldats britanniques (des pilotes) et membres d’équipages qui rentrent chez eux. Ce sont d’anciens prisonniers qui ont résisté à la guerre, aux privations et aux humiliations des terribles camps de travail et de concentration japonais et de la guerre en Asie du Sud-est.

    Ce 15 janvier 1946 ce sont donc 27 personnes qui rentrent enfin au pays.

    Que s'est il passé?

    Soudain, dans cette calme soirée, plongée dans la pénombre, l'avion commence à se comporter de manière étrange et dans le poste de pilotage, les deux pilotes, William BUCHANAN et Edwin CHAPMAN, luttent avec acharnement contre les turbulences, les bourrasques de neige et une forte dérive latérale. Les deux hommes ont du mal à évaluer exactement leur position et surtout leur altitude car les instruments de bord semblent présenter des signes inquiétants de défaillance.

    Il est environ 18h30 et la visibilité est extrêmement mauvaise. William BUCHANAN , le commandant de bord, cherche à se repérer, mais réalise rapidement qu'il est dans l'impossibilité de le faire.
     

    En fait l'avion vole à une altitude d'environ 390 m et se rapproche inexorablement des falaises du massif de Marseilleveyre dont le sommet culmine à 433 m. Malgré tous les efforts déployés par les 2 pilotes pour essayer d'éviter l'obstacle, un phénomène d'aspiration plaque leur avion au sol et celui-ci glisse sur plusieurs dizaines de mètres, heurte la falaise et s'enflamme.

    A la recherche du Dakota -1
    Les secours sur le lieu du crash

    A la recherche du Dakota -1
    Les secours sur le lieu du crash

    Sur les 27 personnes, 23 périssent lors de l'accident et pour leur mémoire, voici leurs noms, leurs fonctions et leurs âges (lorsque ces informations sont disponibles).

    AUNGIER, Stephen Michael. Rank: Leading Aircraftman

    BOND, John Kendal. Rank: Leading Aircraftman, Age: 23.

    BUCHANAN, William George Elliott. Rank: Flight Lieutenant, (Pilot) Age: 36.

    CHAPMAN, Edwin Alan. Rank: Flight Sergeant (Pilot) , Age: 21.

    COTTLE, Charles George. Rank: Leading Aircraftman, Age: 23.

    CUNNINGHAM, Henry. Rank: Leading Aircraftman

    DANIELS, Gwilym. Rank: Leading Aircraftman, Age: 34.

    FESSI, Ernest John. Rank: Leading Aircraftman, Age: 23.

    FLANAGAN, John James. Rank: Private, Age: 31

    GARDHAM, Eric. Rank: Sapper, Age: 21.

    GILLINGHAM, Ronald. Rank: Leading Aircraftman, Age: 25.

    ISAAC, Paul Verrier. Rank: Captain, Age: 29.

    LLOYD, Wilfred Hendrick. Rank: Captain, Age: 29.

    MARRIOTT, Peter. Rank: Lieutenant, Age: 28.

    NUTT, John, Harold. Rank: Lieutenant, Age: 20.

    PEACOCK, Walter. Rank: Corporal, Age: 27.

    PRICE, Benjamin. Rank: Private, Age: 29

    RENNIE, Maurice Ernest. Rank: Lieutenant, Age: 24.

    SMITH, Ralph Nathaniel. Rank: Flying Officer,Age: 23

    SUART, John Wyvill. Rank: Warrant Officer (Nav.),Age: 25.

    TOBIAS, Robert Thomas. Rank: Lieutenant, Age: 24.

    TURNER, Stanley Charles. Rank: Lieutenant

    WOOD, George. Rank: Captain, Age: 31.

    Très peu de personnes sont, à cette heure, dans cette partie isolée du massif. Cependant, un berger, Louis FINE, qui rentre ses moutons se trouve à ce moment là dans les collines, au-dessus des Goudes. Dans le calme de la nuit, il entend très distinctement les moteurs du Dakota, puis une forte explosion et voit des flammes s'élever vers les sommets. 

    Comprenant qu'un drame vient de se produire, il descend rapidement chercher des secours et prévenir les habitants de Callelongue et des Goudes. Ceux ci décident de se rendre sur le lieu du crash qu'ils atteignent aux alentours de 20h30. 

    A leur arrivée, ils constatent malheureusement le décès des 23 soldats cités précédemment et la présence de 3 survivants, mais parmi eux 2 sont très grièvement blessés et ne survivront pas à leurs blessures.

    FOURACRE, Leonard Roy. Rank: Leading Aircraftman, Age: 23.

    GILES, Trevor Ernest. Rank: Leading Aircraftman

    Seuls réchapperont à la catastrophe les soldats HAMILTON qui avait décidé de rester avec les blessés et John LINNEY.

    John LINNEY va réaliser un véritable exploit. En effet, peu après l'écrasement de l'avion, il réussit, malgré un bras fracturé et de graves brûlures au visage, à s'extraire de la carlingue disloquée du Dakota, avant d'aller seul chercher des secours à travers la montagne enneigée. Après plus de 6 heures de marche dans la nuit, le froid et la douleur, sans avoir eu la chance de croiser l'expédition partie des Goudes vers le lieu du drame, il arrivera à atteindre le bord de mer. Il finit par rejoindre le camp américain qui se trouve au Roy d'Espagne. 

    Nous avons eu plusieurs fois l'occasion de parcourir l'itinéraire emprunté par John LINNEY. Il est évident que dans des conditions normales, c'est à dire, de jour, sans neige, sans blessure et avec une bonne connaissance des lieux, cette marche ne présente pas de difficultés majeures. Dans la situation où lui se trouvait, on ne peut être qu'admiratif de ce qu'il a réalisé. 

    A la recherche du Dakota -1
    John LINNEY

    Tous les soldats ayant péri dans l'accident ont été inhumés au Cimetière militaire de Mazargues (situé dans le 9ème arrondissement de Marseille).

    Ce cimetière, comme beaucoup d'autres, est parfaitement entretenu, ici par un Gardien-Jardinier d'origine Écossaise, Ian Craig, fort sympathique et qui se fait un plaisir de vous recevoir et de vous donner toutes sortes de renseignements. 

    A la recherche du Dakota -1
    Ian CRAIG

    A la recherche du Dakota -1
    Entrée du cimetière militaire

    A la recherche du Dakota -1

    A la recherche du Dakota -1

    A la recherche du Dakota -1

    A la recherche du Dakota -1
    Les 2 pilotes du Dakota

     A la recherche du Dakota -1
    Les 25 tombes

    A la recherche du Dakota -1
    "Their name liveth for evermore" Leur nom vivra à jamais

    Epilogue

    Des 2 survivants, John LINNEY est revenu, en 1981 en famille, pour une cérémonie au cimetière de Mazargues (avec la famille WOOD). Il  est aujourd'hui décédé.

    A la recherche du Dakota -1
    John LINNEY et son épouse en 1981 devant le mémorial du cimetière

    En ce qui concerne l'autre survivant, HAMILTON, c'est plus compliqué et à ce jour les recherches pour savoir ce qu'il est devenu après le crash sont, à notre connaissance, demeurées infructueuses.

    En discutant avec Ian CRAIG nous avons appris que Barnard PRICE, âgé de 76 ans, fils de Benjamin PRICE était venu d'Angleterre pour se recueillir sur la tombe de son père. Il a même également tenu à se recueillir, dans la montagne, à l'endroit précis où le père qu'il n'a pas connu, a perdu la vie. 

    Une catastrophe a failli en remplacer une autre 

    Le crash du Dakota avait clairement montré qu'il était particulièrement difficile de porter secours à qui que se soit dans ce massif montagneux, dans les conditions bien entendu dans lesquelles l'accident avait eu lieu, de nuit, sous la neige. L'idée est donc apparue de construire une large route dans le massif des calanques, partant de Callelongue et allant dans un premier temps jusqu'au quartier des Baumettes. Horreur ! Pourquoi pas une autoroute à péage pour rentabiliser le projet !!!

    Fort heureusement ce projet saugrenu n'a pas vu le jour....Ouf ! et remercions ceux qui ont pris la décision de créer le "Parc National des Calanques".

    En ce qui nous concerne 

    Nous avons évidemment prévu dans une de nos prochaines randos, de nous rendre, nous aussi, à l'endroit du crash, pas très facile à trouver, et où une sorte de mémorial "artisanal" a été implanté. Mais cela est une autre histoire et nous ne manquerons pas de vous en informer le moment venu.


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